Vers une traductologie poppŽrienne

 

Andrew Chesterman

 

[2006d. In Michel Ballard (ed.), QuŽst-ce-que la traductologie? Arras: Artois Presses UniversitŽ, 171-178.]

 

 

Je propose une traductologie fondŽe sur la formulation et la vŽrification dÕhypothses, dÕaprs lÕesprit philosophique de Karl Popper. LÕobjectif est de dŽvelopper ˆ la fois des hypothses et les mŽthodes de leur Žvaluation. Plusieurs types dÕhypothses se prŽsentent : des hypothses dÕinterprŽtation (questions de dŽfinition et de catŽgorisation) ; des hypothses de description (questions de gŽnŽralisation, par exemple concernant les traits universaux de la traduction) ; des hypothses dÕexplication (relations de causalitŽ entre textes et contextes, culture, cognition) ; et des hypothses de prŽdiction (par ex. les conditions conduisant ˆ une traduction acceptable / non-acceptable, ou ˆ une rŽception favorable / non-favorable). Une telle traductologie pourrait rŽussir ˆ combiner les approches traditionnelles dites linguistique, culturelle et prescriptive.

 

 

1. Suppositions prŽliminaires

 

DÕabord, voici quatre suppositions gŽnŽrales qui sont pour moi des sine qua non de la traductologie.

                     (1) La traductologie est, tout simplement, la science de la traduction, y compris la traduction orale, lÕinterprŽtation, et de plus, la traduction en tant que produit et processus.

                     (2) Le but de la traductologie est tout dÕabord de construire et de dŽvelopper une thŽorie (voire des thŽories) de la traduction. CÕest le but, en effet, de nÕimporte quel champ scientifique ou acadŽmique.

                     (3) La motivation dÕun tel champ de recherche est souvent lÕespoir de pouvoir appliquer les rŽsultats de la recherche ˆ la solution des demandes pratiques de la vie quotidienne. Dans le cas de la traductologie il sÕagit des questions suivantes :

 

       „ la formation optimale des traducteurs (y compris les interprtes)

       „ lÕaugmentation de la qualitŽ des traductions

       „ la formulation de mŽthodes appropriŽes pour rŽaliser des t‰ches particulires dans la vie professionelle dÕun traducteur (textes et problmes spŽcialisŽs, traduction audiovisuelle, traduction en Žquipe, documentation multilingue, etc.)

       „ lÕinvention et le dŽveloppement des outils de toutes sortes qui pourraient aider le traducteur

       „ la politique optimale de traduction dans une communitŽ multilingue,  soit locale soit globale

       „ la valorisation de la position des traducteurs dans la vie sociale,

       „ lՎthique du traducteur

       „ lÕanalyse des besoins de traduction dans le marchŽ local, national et international, etc.

 

Ce sont donc des motivations pratiques.

       4. La motivation de notre discipline se base aussi, au moins en partie, sur le dŽsir gŽnŽral de mieux comprendre ce que veut dire le fait de traduire, de saisir lÕimportance actuelle et passŽe de la traduction dans lÕentreprise historique de la perception mutuelle des diffŽrentes cultures, dans les relations entre les peuples et les langues. CÕest lˆ plut™t une motivation hermŽneutique, on pourrait dire aussi thŽorique. Rapellons quÕune thŽorie, cÕest au fond une tentative conceptuelle de (mieux) comprendre un phŽnomne quelconque.

 

 

2. Hypothses

 

Comment donc construire et dŽvelopper une thŽorie ? Cela dŽpend de notre conception dÕune thŽorie, bien sžr. Dans la traductologie, on trouve toute une gamme de conceptions, dont quelques-unes sont plus formelles, plus strictes, dÕautres plus vagues (voir Chesterman 1997 : 42-46). Je voudrais quand mme repŽrer deux ŽlŽments que lÕon peut retrouver dans presque nÕimporte quelle thŽorie, bien quÕils ne se manifestent pas toujours de la mme faon. Ce sont la notion dÕhypothse et la notion de structure. Dans ce qui suit, je mÕinspire surtout des idŽes de deux philosophes : Karl Popper et Imre Lakatos.

                     Le thme principal de ma prŽsentation tourne autour de la proposition quÕune thŽorie se dŽveloppe, sÕamŽliore, ˆ partir dÕhypothses – des hypothses qui sont dÕabord inventŽes et ensuite justifiŽes, testŽes, et au besoin ajustŽes  ou rejetŽes. Je vous rapelle la thŽorie de lՎvolution du savoir scientifique quÕa proposŽe Karl Popper (p. ex. 1959). Selon lui, le progrs scientifique suit les phases suivantes :

 

Problme initial

–> thŽorie provisoire

–> Žlimination dÕerreurs

–> nouveau problme

 

Les Ē thŽories provisoires Č sont des hypothses qui servent ˆ poser des rŽponses prŽliminaires aux questions ou aux problmes de dŽpart. Selon ce modle, la science nÕavance pas au moyen dÕinduction, ni de dŽduction. On ne commence pas avec des faits ou des donnŽes, ni avec une idŽe thŽorique, mais avec un problme, une question. Cette mŽthode se base sur ce que Charles Peirce appelle lÕabduction : cÕest-ˆ-dire le processus logique par lequel on suggre, on suppose, on envisage des possibilitŽs, et ensuite on soumet ces possibilitŽs ˆ lÕexamen, ˆ lՎpreuve. (Voir p. ex. GorlŽe 1994.) CÕest une mŽthode consistant ˆ imaginer dÕabord ce que pourrait tre la vŽritŽ, puis ˆ critiquer les fruits de son imagination. Chez Popper, une thŽorie est surtout une hypothse.

                     Quels sont alors les problmes de la traductologie permettant lՎlaboration de telles thŽories ? JÕen vois quatre classes principales (voir le dŽbat sur la possibilitŽ dÕun terrain commun, dans le journal Target, initiŽ par Rosemary Arrojo et moi-mme, ˆ partir de Chesterman et Arrojo 2000) : 

 

                     „ les problmes de dŽfinition (concepts de Ē traduction Č, Ē culture Č etc.)

                     „ les problmes de description (du produit ainsi que du processus communicatif et culturel)

                     „ les problmes dÕexplication (causes et effets de la traduction, y compris les causes cognitives, linguistiques, sociologiques et culturelles, et les effets voulus et non-voulus)

                     „ les problmes dÕapplication (c.ˆ.d. lÕapplication aux demandes pratiques de la sociŽtŽ, voir supra).

 

Ainsi, comme dans toute autre discipline, nous nous servons dÕhypothses de diffŽrentes sortes, en posant des solutions possibles ˆ ces problmes. Voici un classement gŽnŽral des hypothses :

 

                     „ des hypothses interprŽtatives – pour les problmes de dŽfinition

                     „ des hypothses descriptives – pour les problmes de description

                     „ des hypothses explicatives                et

                     „ des hypothses prŽdictives – aussi bien pour les problmes dÕexplication que les problmes  dÕapplication.

 

                     Voyons de plus prs quelques exemples. Une hypothse interprŽtative prŽtend que quelque chose (lÕexplanandum X) peut tre interprŽtŽ ou dŽfini comme Y ; ou que le concept Y se montre utile pour la comprŽhension du phŽnomne X ; ou quÕ X signifie Y. Ce sont les hypothses primaires de lÕhermŽneutique, sur lesquelles se base tout effort de comprŽhension (voir par exemple la philosophie de Gadamer). Ce sont les hypothses qui soutiennent toute analyse conceptuelle, tout essai de dŽfinition ou de catŽgorisation. La traductologie en est remplie. Nous ne manquons pas de dŽfinitions de lՎquivalence ou de la traduction, de classifications de procŽdŽs traductionnels ou de normes de traduction. Bien sžr nous en avons besoin ; mais ils ne suffisent pas, ˆ moins que lÕon se satisfasse ˆ faire de la traductologie une discipline purement conceptuelle et philosophique. De telles hypothses sont mises ˆ lՎpreuve de la logique, de la clartŽ et de lÕusage : si la communautŽ scientifique sÕen sert, si leur valeur instrumentale et descriptive est reconnue, elles survivent.

                     Examinons un exemple. Il sÕagit dÕun article de Jean-Claude Chevalier (1995), publiŽ dans la collection Ē LÕhorlogerie de Saint JŽrome Č. (Voir aussi Chesterman 2002.) Je cite :

 

[C]omme il y a des figures de rhŽtorique, il y a des figures de traduction. Comme les premires nous livrent les procŽdŽs par lesquels on passerait dÕune sŽquence rŽputŽe neutre (et jamais formulŽe du reste) ˆ une autre plus ŽlaborŽe, les secondes, si lÕon sÕemploie ˆ les dŽgager, nous proposent les mŽcanismes qui sont ˆ lÕĻuvre dans le passage dÕune proposŽe effective, formulŽe dans une langue 1 ˆ une transformŽe non moins effective dŽclarŽe dans une langue 2 – ou dans la langue 1, car, rŽpŽtons-le, paraphraser aussi est traduire. (Chevalier 1995 : 28)

 

Chevalier propose ici une hypothse selon laquelle les Ē mŽcanismes Č universels de traduction pourraient tre interprŽtŽs comme des Ē figures Č, ˆ comparer avec les figures de rhŽtorique. On dirait que cÕest une approche du champ rhŽtorique tout ˆ fait comparable aux analyses parallles des grands corpus modernes de textes traduits et non traduits (voir p. ex. Baker 1995). A-t-on besoin dÕun terme nouveau, Ē figure de traduction Č, ˆ c™tŽ du concept Ē universel traductionnel Č, que Chevalier nÕemploie pas ? Est-ce que la nouvelle conceptualisation apporte une valeur ajoutŽe suffisante ? CÕest le temps et la communautŽ scientifique qui en dŽcideront.

                     Passons aux hypothses descriptives. Ces hypothses sont des gŽnŽralisations ; elles marquent la tentative du chercheur dÕaller au delˆ du particulier et dÕatteindre une affirmation plus abstraite, plus gŽnŽrale. Elles ont la forme suivante : dans toutes les traductions (dans une catŽgorie quelconque), (ou chez tous les traducteurs,) on observe un tel trait commun.

                     Dans la traductologie, ces hypothses concernent plus des tendances ou des rŽgularitŽs que des traits absolus. On les trouve surtout au coeur de la recherche des universaux de la traduction, tels que les lois dÕinterfŽrence ou de standardisation (Toury 1995) ; les tendances dÕexplicitation, de simplification, de rŽduction de rŽpŽtition ; et les traits typiques des traductions de diffŽrents types de textes. Les hypothses descriptives proposent donc des relations explicites et directes – des corrŽlations – entre nos concepts et la rŽalitŽ empirique.

       Reprenons notre exemple.  Chevalier propose une figure de traduction quÕil appelle Ē variation de sujet Č (1995 : 28). Selon cette hypothse, les traducteurs ont tendance ˆ privilŽgier un sujet animŽ et humain. Voici les exemples suivants :

 

                     Texte source : Revivi— en don Lepe la esperanza. (Gald—s: Tristana)

                     Texte cible : Don Lepe reprit espoir. (Trad. Suzanne Rapha‘l)

 

                     Text source :  So the boat was left to drift down the stream as it would. (Carroll: Through the Looking Glass)

                     Texte cible : Alice laissa donc lÕesquif dŽriver au fil de lÕeau. (Trad. Henri Parisot)

 

Chevalier fournit plusieurs exemples, mais aussi des contre-exemples. On pourrait proposer lÕexistence dÕun processus universel traductionnel de subjectivisation. Reste ˆ voir si lÕhypothse se trouve ŽtayŽe ou non par dÕautres donnŽes dans dÕautres langues, dÕautres types de texte, dÕautres pŽriodes historiques.

                     Quant aux hypothses explicatives et prŽdictives, elles proposent un rapport causal entre un phŽnomne et ses conditions causales. Dans le cas dÕune hypothse explicative, on commence avec lÕexplanandum et on en propose une explication, une cause, ou bien des conditions causales. Par exemple : une traduction manifeste tel trait parce que le skopos (le but de la traduction) Žtait tel ou tel, ou parce que la tradition traductionnelle de la culture cible Žtait telle, ou parce que dans le texte source il y avait tel ou tel trait.

                     Le point de dŽpart dÕune hypothse prŽdictive est, par contre, des conditions que lÕon croit causales, ou bien une cause spŽcifique. LÕhypothse avance donc lÕidŽe que ces dites conditions donneront lieu ˆ une traduction qui se caractŽriserait dÕune manire donnŽe ; ou quÕune traduction contenant tel trait Žvoquera des rŽactions particulires chez le client ou les lecteurs. Les hypothses prŽdictives sont les outils de lÕenseignant voulant que ses apprenants traduisent dÕune certaine faon et non pas dÕune autre  : en disant Ē faites comme ceci, ne faites pas cela Č, lÕenseignant, en effet, prŽdit que si on traduit dÕune manire donnŽe, les rŽsultats seront non dŽsirŽs. Les hypothses prŽdictives servent aussi ˆ tester les hypothses explicatives.

                     Dans son article, Chevalier mentionne une variŽtŽ dÕexplications possibles.

                     a) Si le traducteur prŽfre les animŽs, cÕest parce quÕil se range parmi eux lui-mme (p. 30).

                     b) Le traducteur veut faire preuve de libertŽ, en changeant les sujets (p. 31) – explication qui vaudrait aussi pour les contre-exemples. (Explication rejetŽe : trop de cas de conservation du sujet.)

                     c) Le traducteur nÕaime que les constructions actives (p. 32) - Ē cÕest son automatisme le moins contr™lŽ Č.

                     d) Il sÕagit de lÕordre prototypique de subjectivisation, connu en linguistique. Cette explication possible se dŽgage au cours de lÕanalyse dŽtaillŽe des exemples.

                     e) La variation du sujet est le rŽsultat de la phase de dŽverbalisation, o le traducteur se libre de la forme linguistique du texte source, et ne cherche ˆ exprimer que sa signification.

                     Il serait intŽressant dÕanalyser ces diffŽrentes hypothses explicatives, et surtout de trouver les moyens de les tester. Pourrait-on prŽdire que dÕautres traducteurs des mmes textes montreraient la mme tendance subjectivisante ? QuÕest-ce que cela nous montrerait du r™le du traducteur, de sa prŽsence dans le texte, de ses modalitŽs dÕaction ? Et comment y rŽagiraient des lecteurs diffŽrents, si ces derniers sÕen rendaient compte ? Comment cette tendance touche-t-elle la qualitŽ de la traduction ? SÕil ressort que la tendance soit rŽgulire, vaudrait-il mieux essayer de lՎviter ou de lÕencourager ? – Voilˆ quelques questions qui dŽpendent de notre capacitŽ ˆ prŽdire les effets (probables) dÕun tel trait.

                     Toute hypothse se justifie par son rapport avec les donnŽes empiriques, et par son utilitŽ vis-ˆ-vis du grand projet de mieux comprendre le phŽnomne de la traduction. Dans la traductologie traditionelle et contemporaine, nous trouvons des hypothses interprŽtatives en abondance – un tas de concepts, de mŽtaphores, de catŽgorisations plus ou moins dŽlicates – mais nous ne sommes pas encore arrivŽs ˆ une thŽorie cohŽrente qui se baserait sur un rŽseau dÕhypothses descriptives, explicatives ou prŽdictives bien testŽes et vŽrifiŽes. On a consacrŽ plus de temps ˆ proposer une multitude dÕhypothses queՈ les soumettre ˆ des tests rigoureux et renouvelŽs.

 

 

3. Structures

 

JusquÕici jÕai traitŽ plut™t des hypothses isolŽes. JÕai pris la position de Karl Popper, selon qui les hypothses sont de vŽritables ŽlŽments de base de la science. Sans la formulation et la mise ˆ lՎpreuve des hypothses, point de progrs scientifique. Voici une vision de la science comme champs de compŽtition, un peu ˆ la Bourdieu, o diffŽrentes thŽories se battent pour tre acceptŽes par la communautŽ.

                     Chez Imre Lakatos (p. ex. 1974), au contraire, une thŽorie est une structure, mme un programme de recherche, pas une hypothse isolŽe. Chez Lakatos, une thŽorie est toute une collection dÕhypothses et de concepts, une structure qui consiste en des suppositions de base (le Ē hard core Č ou noyau de la thŽorie), entourŽes dÕune ceinture de protection (Ē protective belt Č). (Rapelez-vous mes quatre suppositions initiales.) Dans cette ceinture, on trouve des hypothses moins centrales, moins acceptŽes, pas encore testŽes, des suppositions auxiliaires. CÕest ici, dans la ceinture, que se produit le progrs, au fur et ˆ mesure que ces hypothses secondaires sont mises ˆ lՎpreuve et dŽveloppŽes. Selon Thomas Kuhn (1962), un tel programme de recherche constitue une pŽriode de science Ē normale Č, entre les Ē rŽvolutions Č; on ne met pas en question les suppositions du noyau – on les accepte provisoirement, en tant que prŽliminaires qui sont nŽcessaires du point de vue mŽthodologique.

                     Lakatos aussi bien que Popper souligne que les problmes de dŽfinition conceptuelle se rŽsolvent rarement au dŽbut du dŽveloppment dÕune thŽorie. Une dŽfinition nÕa pas besoin dՐtre plus prŽcise que nŽcessaire – lÕessentiel cÕest de formuler et de tester des propositons, ou des hypothses. Les dŽfinitions ne sont que des outils. Les concepts ont tendance ˆ se clarifier plus tard. Charles Darwin nÕavait mme pas le concept de gne quand il a proposŽ sa thŽorie de lՎvolution, et les premires esquisses de dŽfinition de la notion n«Žtaient pas si prŽcises quÕelles le sont de nos jours.

       Nous voici donc avec la notion dÕune thŽorie en tant que structure, composŽe dÕhypothses de plusieurs sortes, basŽe sur des suppositions initiales. Comment analyser la structure interne dÕune hypothse ?    

       Une hypothse propose un lien entre au moins deux entitŽs, cÕest une proposition relationelle. Dans le cas des hypothses interprŽtatives, le lien est purement conceptuel : une notion se comprend ˆ travers une autre notion. Le processus de traduction, par exemple, se comprend en tant que performance artistique, ou en tant que dŽcodage Ē mathŽmatique Č.

                     Dans le cas des autres hypothses, le lien est de nature empirique ; il se crŽe entre, dÕune part, une entitŽ linguistique, prŽsente dans le texte ou les textes cibles, et dÕautre part une entitŽ en dehors du texte cible, soit dans les conditions de production, y compris le texte source, soit dans le cerveau du traducteur, soit dans la culture.             Les variables de profil linguistique concernent tous les aspects de la forme linguistique dÕune traduction, ou dÕune sŽrie de traductions, en tant que texte(s) Žcrit ou oral. Par exemple : la frŽquence des propositions relatives / la densitŽ lexicale / lÕusage des expressions argotiques / lÕoccurrence des allitŽrations / la longueur moyenne des phrases / lÕusage des mots dialectaux...

                     De lÕautre c™tŽ, nous avons donc les variables de contexte. Par Ē contexte Č jÕentends lÕenvironnement spatial, temporel, culturel et mme cognitif dÕune traduction. Cet environnement sՎtend en amont, vers le contexte antŽrieur, vers les conditions causales dÕune traduction donnŽe ; il sՎtend Žgalement en aval, vers les effets de la traduction, vers les rŽactions du client et des lecteurs, et vers les effets possibles ˆ long terme dans la culture cible. Le contexte comprend :

 

       „ le texte source

                     „ les textes parallles, cÕest-ˆ-dire les textes originels, non traduits, du mme genre, dans la langue cible

                     „ le traducteur (annŽes dÕexpŽrience, sexe, langue maternelle, attitudes...)

                     „ les outils du traducteur, les logiciels, le client, la date limite... 

                     „ le lecteur (rŽception de la traduction, rŽactions du client, de la critique, etc.)

                     „ le contexte historique, social, politique

                     „ les cultures source et cible (normes de traduction, normes littŽraires, identitŽs culturelles, idŽologies, )

                    

       Nous cherchons donc des rapports diffŽrents entre nos variables. Une relation trouvŽe pourrait tre alŽatoire, donc sans intŽrt scientifique. On sÕintŽresse plut™t aux relations corrŽlatives quÕaux relations alŽatoires. La formulation des relations corrŽlatives est surtout le but des hypothses descriptives : lˆ, nous cherchons donc des rŽgularitŽs entre les traits des textes cible et les conditions de contexte. Dans les traductions littŽraires entre les langues indo-europŽennes, par exemple – ou mme dans toutes traductions ? – les traducteurs ont-ils tendance ˆ subjectiviser, comme le prŽtend Chevalier ? CÕest ˆ dire, donnent-ils la prioritŽ ˆ une stratŽgie particulire, ce qui produit une certaine relation entre source et cible ? Enfin on pourrait mme trouver un rapport causal. Ainsi nous arrivons ˆ une meilleure comprŽhension de notre sujet – le but gŽnŽral de toute recherche.

                     Voici donc une vision dÕune traductologie poppŽrienne, basŽe sur la dŽcouverte et la formulation de diffŽrentes hypothses, qui sont soumises ˆ lՎpreuve pour tre soit reformulŽes soit rejetŽes. Selon cette approche, notre but gŽnŽral est de construire un rŽseau cohŽrent et logique dÕhypothses. Nous en sommes encore trs loin, a va sans dire ; mais peut-tre sommes-nous  en train dÕassister aux premiers essais de formulation dÕun programme de recherche, donc une thŽorie lakatosienne.

 

 

 

 

RŽfŽrences

 

Baker Mona, Ē Corpora in Translation Studies: an overview and some suggestions for future research Č, Target 7, 2, 1995, pp. 223-243.

Chesterman Andrew, Memes of Translation. Amsterdam, Benjamins,1997.

Chesterman Andrew et Rosemary Arrojo, Ē Shared ground in Translation Studies Č, Target 12, 1, 2000. pp. 151-160.

Chesterman Andrew, Ē La traductologie : thŽorie de relations traductionnelles Č in : Fortunato Isra‘l (Žd.) IdentitŽ, altŽritŽ, Žquivalence ? La traduction comme relation, Paris, Lettres Modernes Minard, 2002, pp. 35-49.

Chevalier Jean-Claude, Ē DÕune figure de traduction : le changement de ŅsujetÓ Č in : J.C. Chevalier et Marie-France Delport LÕhorlogerie de Saint JŽr™me. Paris, LÕHarmattan, 1995, pp. 27-44.

GorlŽe Dinda, Semiotics and the Problem of Translation, with Special Reference to the Semiotics of Charles S. Peirce, Amsterdam, Rodopi, 1994.

Lakatos Imre, Ē Falsification and the Methodology of Scientific Research Programmes Č, in : I. Lakatos et A. Musgrave (Žds), Criticism and the Growth of Knowledge, Cambridge, Cambridge University Press, 1974, pp. 91-196.

Kuhn Thomas, The Structure of Scientific Revolutions, Chicago, University of Chicago Press, 1962.

Popper Karl R., The Logic of Scientific Discovery, London, Hutchinson, 1959.

Toury Gideon, Description Translation Studies and beyond, Amsterdam, Benjamins, 1995.

 

 

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