Universitas Helsingiensis
![]()
Read the fresh Helsinki University Bulletin »»
![]()
- Summer issue 2007
- Editorial
- Tales from an Arctic crater lake
- Churches on fire
- Seafarers on dry land
- The father of standard Finnish
- Making history
- Playing by the rules
- Crime and punishment in the EU
- Whose game is it, anyway?
- A scientific breakthrough as a by-product
- La beauté du monde des réalistes
- De Paris à Helsinki : la maternité mise en mots
- De la science à l’art
- Top of the humanists
- Learning in the womb
- Journey to the world of language
- India phenomenon storms the University
- The power of one or many?
De la science à l’art
L’artiste et biologiste Riggert Munsterhjelm a abandonné le monde académique une fois sa thèse de doctorat soutenue. Son désir de faire de l’art l’a emporté sur la carrière de chercheur.
L’artiste et l’homme de science examinent la nature d’une manière à maints égards différente. Même si le regard cherche des choses différentes, il existe cependant des similitudes : les deux domaines nécessitent de la passion, une absence de préjugés et de l’inventivité. Depuis son tout jeune âge, Riggert Munsterhjelm joue le funambule entre science et art.
« Dans le foyer de mon enfance, on tenait en haute estime les sciences de la nature et la biologie. J’étais moi-même ornithologue amateur quand j’étais jeune et je dessinais aussi des oiseaux avec enthousiasme. Plus tard, j’ai commencé à étudier la botanique et la zoologie à l’Université de Helsinki, mais l’art continuait d’être présent en parallèle », se rappelle Riggert Munsterhjelm.
En y réfléchissant après coup, le destin a lui aussi joué un rôle déterminant dans ses choix. L’étudiant qui s’intéressait au départ au comportement des animaux s’était vu assigner par son professeur de botanique la tâche de répertorier la végétation des golfes de l’archipel de Tvärminne. La végétation présentait des écarts intéressants, de sorte que Riggert Munsterhjelm continua de travailler sur le sujet et en fit son mémoire de fin d’études. Il y aurait encore eu matière à faire un doctorat, mais l’obtention de son diplôme universitaire coïncidait avec sa décision – parvenue à maturité – de devenir artiste.
« En 1984, j’ai exposé pour la première fois en Finlande. Je me suis alors rendu compte que je pouvais vivre de mon art. Ma décision a été un choc au début, surtout pour mon père », ajoute Riggert Munsterhjelm en souriant.
Des années plus tard, le destin fit une nouvelle intrusion : l’artiste avait en effet commencé à présenter des symptômes allergiques aux matériaux utilisés dans son travail. Il paraissait opportun de faire une pause et de réfléchir à l’avenir.
« Je suis retourné pour quelques mois à Tvärminne sur le site de mon ancienne étude et j’ai constaté que la végétation n’y avait pas suivi son cours naturel et qu’elle présentait du fait de l’impact de l’homme des changements inattendus. Les quelques mois se sont allongés en sept années, avec notamment comme résultat en 2005 la thèse Les mutations naturelles et provoquées par l’homme dans la macrovégétation des golfes à fond mou peu profonds du littoral sud de la Finlande. »
« Mon passage d’un rôle à un autre s’est déroulé non sans problèmes. Au cours de mon étude, je me déplaçais dans des environnements d’une très grande beauté, ce qui réveillait l’artiste en moi. Je devais même par moment me rappeler à l’ordre : ” Riggert, tu n’es pas un artiste ici ! ”. »
L’art parfait la science
Lorsqu’il observe la nature, l’artiste pense aux teintes et à ce qu’est le message du monde visuel. Le biologiste étudie quant à lui la structure de la réalité physique et recherche les indicateurs dévoilant l’état de la nature. Selon Riggert Munsterhjelm, l’artiste est susceptible d’apporter une contribution précieuse à la science, car il recherche les informations d’une autre manière.
« La science recherche des informations et propose des explications, tandis que l’essence même de l’art est de toujours fuir l’explication », cogite Riggert Munsterhjelm.
Avant même de soutenir sa thèse, il avait décidé une nouvelle fois de renoncer à la science, cette fois-ci pour de bon. Un facteur ayant influencé sa décision était qu’il pensait – après une carrière d’artiste de près de vingt ans – ne pas remplir les conditions qui lui auraient permis d’obtenir un poste à l’université. Mais il savait aussi, par l’intermédiaire de ses amis, dans quel engrenage administratif les universitaires étaient contraints de travailler.
« Si j’étais resté au sein de la communauté scientifique, j’aurais vraisemblablement eu des emplois précaires, en passant d’un projet à l’autre », suppute Riggert Munsterhjelm.
Il ne s’est toutefois pas lancé tête baissée dans l’art, mais en cherchant posément sa voie. Il dit être désormais en mesure de tirer avantage aussi bien de sa personnalité d’artiste que de celle de chercheur.
« Je recueille pour moi-même une sorte d’archive des sensations dans la nature. Je réalise de petites études intimes, de façon scientifique, mais en y mettant le cœur. Par scientifique, j’entends une approche analytique et systématique. Même si mes œuvres sont figuratives, elles constituent un point de départ à la façon dont se comportent les couleurs. Il s’agit là de mon académie des beaux arts personnelle et je suis désormais en mesure d’en appliquer librement les enseignements », explique Riggert Munsterhjelm.
Chaleur, couleurs et beauté
Des toiles apprêtées et tendues sur leur cadre ont été méticuleusement empilées sur le plancher de l’atelier, en attendant le début du travail à grande échelle. Outre des portraits réalisés sur commande, l’artiste a en cours des œuvres destinées à l’exposition d’octobre prochain. Il montre les études de paysages aux différentes heures de la journée, qu’il a peintes sur de petits morceaux de toile. En dépit de leur petite taille, ces œuvres ont quelque chose de grandiose et en les regardant, on a l’impression de s’être soi-même rendu dans un lieu rempli de chaleur, de couleurs et de beauté. Riggert Munsterhjelm définit son art en expliquant qu’il est un coloriste dans l’esprit de l’impressionnisme.
La lumière naturelle est importante pour l’artiste, mais le travail sous nos latitudes impose ses propres contraintes.
« Lors du travail en atelier, la lumière venant du nord et restant relativement inchangée au cours de la journée serait idéale. Durant l’époque la plus sombre de l’année, de mi-novembre à fin janvier, il est cependant presque impossible de peindre en Finlande. Vers la fin du mois de janvier, les jours rallongent, l’air s’éclaircit et il y a généralement de la neige partout, ce qui contribue à la luminosité. Il est alors possible de recommencer à peindre. J’ai passé le mois de novembre dernier dans le sud-ouest de la France, où il y avait suffisamment de lumière pendant la journée ; j’ai alors pu peindre en plein air.
« Le monde universitaire ne me manque pas à proprement parler. J’ai cependant parfois la nostalgie du sentiment d’appartenance à une communauté, car faire de l’art est un travail très solitaire.
Arja-Leena Paavola