Universitas Helsingiensis


The quarterly of the University of Helsinki
En France avec des ressources restreintes

Juha Merimaa

Back to spring issue 2004


Les étudiants participant à des programmes d'échange en France se plaignent souvent qu'il est difficile d'établir le contact avec le personnel universitaire. En effet, les enseignants n'ont pas de numéros de téléphone, pas d'heures de réception ni même souvent d'adresses électroniques.

« Ce n'est cependant pas qu'ils aient envie de jouer à cache-cache, mais simplement une question de manque de ressources », explique Eva Havu, qui enseigne à Paris depuis plus de deux ans.

Eva Havu est professeur de philologie fran-çaise, mais elle assure actuellement - sur une base contractuelle - les fonctions de professeur de finnois à l'Université Paris 5.

« Les locaux de l'université sont trop exigus pour offrir aux enseignants un emplacement où travailler qui leur soit propre, sans même parler de bureaux. Dans le meilleur des cas, les directeurs de départements disposent de leur propre bureau et d'un ordinateur attitré ; les autres en sont réduits à utiliser les ordinateurs communs de la salle des enseignants. En pratique, on est obligé de faire chez soi tous les travaux autres que l'enseignement proprement dit », explique Eva Havu.

Le matériel pédagogique est également réduit à la portion congrue par rapport à la Finlande.

« La seule chose sur laquelle on peut compter ici dans une salle de conférence est le tableau - le conférencier doit prendre jusqu'aux craies avec lui. Il est inutile d'espérer pouvoir bénéficier d'un rétroprojecteur ou d'un magnétophone, sans parler d'équipements multimédias. »

D'un autre côté, le système universitaire français a aussi ses avantages.

« La recherche s'effectue ici en coopérant de façon beaucoup plus resserrée qu'à Helsinki. On attend de tous qu'ils rejoignent des groupes, au sein desquels la recherche s'effectuera sous la direction de chaque responsable. »

Des orientations pour tous les goûts

Si l'orientation de recherche de votre propre université ne vous plaît pas, le vaste monde académique français vous permettra toujours de changer d'université et, par là même, d'orientation. Rien qu'à Paris, la linguistique s'enseigne par exemple dans une demi-douzaine d'universités, chacun mettant l'accent sur des aspects légèrement différents.

Ces orientations différentes ont souvent du mal à coexister sans heurts. Lorsqu'Eva Havu a

dit à ses collègues chercheurs qu'elle avait été assister aux conférences d'une université concurrente, ils l'ont regardée ébahis. C'était quelque chose qui ne se faisait pas !

« Il est vrai que je continue d'y assister, mais je ne le mentionne plus aux autres », s'esclaffe Eva Havu.

Les étudiants sont eux aussi à l'origine d'une différence notable par rapport au système universitaire finlandais. Le système français donne un droit automatique d'accès à l'université après le baccalauréat, mais la majorité est éliminée à l'issue des deux premières années. Ceci se traduit par des effectifs en surnombre et aussi par le fait que beaucoup de gens sans motivation réelle se retrouvent à l'université.

« Les étudiants des premières années sont également nettement plus jeunes en France qu'en Finlande. Quand on ajoute encore à cela une culture scolaire qui repose en France sur une discipline très stricte, il faut parfois avec les étudiants des premières années faire respecter l'ordre comme si on était à l'école. »

Eva Havu a cependant une impression géné-rale très positive des étudiants français.

« Le côté le plus gratifiant de l'enseignement ici est la participation très active des étudiants, la façon dont ils discutent et posent des questions. Après les cours, on ne se défile pas comme en Finlande, mais on reste poursuivre les discussions.

Et si l’on parvient à échanger ses adresses électroniques, les étudiants français continueront de vous contacter longtemps encore après les cours », souligne Eva Havu.

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