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SJFE : Le statut juridique des femmes
au sein de l'Union européenneLes femmes et la politiquejanvier 1997 (français, anglais)
Anu Pylkkänen (Université d’Helsinki) E-Mail : anu.pylkkanen@helsinki.fi
La situation générale des femmes en Finlande : bilanL’exemple de la Finlande peut être pris pour caractériser la situation des pays “nordiques” : indépendance et intégration des femmes à tous les échelons de la société. La Finlande et les Finlandaises ont célébré en 1996 le 90ème anniversaire du droit de vote et d’éligibilité accordé aux femmes en 1906, et c’est l’occasion d’analyser les succès et les difficultés de ces progrès. La femme finlandaise, comme d’ailleurs ses consœurs des autres pays nordiques, a été en général prise comme exemple positif de l’égalité des sexes, dans les études et enquêtes réalisées par les Nations Unies notamment. Mais ces progrès ne se sont pas réalisés sans difficultés. Dans la mesure où l’égalité formelle et la démocratie paritaire ou quasi-paritaire ont été réalisées, il faut à présent mener le débat pour franchir une nouvelle étape : la question ne se pose plus en termes uniquement quantitatifs, mais aussi qualitatifs. En réalité, il y a toujours un fossé entre l’égalité quantitative et l’égalité qualitative mais, jusqu’à présent, l’égalité quantitative, ou une certaine illusion de l’égalité, nous a empêchés de voir les inégalités structurelles qui persistaient dans la société finlandaise : les écarts de salaires, le marché du travail divisé, le harcèlement sexuel, la violence à l’égard des femmes, etc... En un sens, les pays nordiques ne sont pas le paradis des femmes qu’on nous présente souvent. Les évolutions plutôt contradictoires dans ces pays mettent en lumière quelques-unes des questions fondamentales que pose la promotion d’une véritable égalité. La question est de savoir si une véritable politique féministe est possible, si elle existe, et si elle est capable de dépasser les clivages politiques traditionnels. Et s’il faut vraiment mettre en œuvre une politique féministe en tant que telle, alors que la situation et les intérêts des femmes divergent.
Historique : conquête du droit de voteLes femmes finlandaises ont derrière elles une longue expérience de participation active à la vie politique. La Finlande fut l’un des tout premiers pays à leur accorder le droit de vote, en 1906, et l’éligibilité aux élections législatives dans la mesure où le parlement finlandais a été le premier parlement fondamentalement démocratique en Europe. La lutte nationaliste contre l’impérialisme russe a uni tout le peuple, y compris les femmes, ce qui a probablement beaucoup favorisé leur accès au droit de vote. Mais ce droit, elles l’ont aussi conquis elles-mêmes : sans un mouvement de revendication des femmes, pas seulement des suffragistes mais aussi des femmes de tous les partis - travaillistes, libéraux ou bourgeois - la réforme n’aurait peut être jamais eu lieu. Les autres pays nordiques ont approuvé le suffrage universel et le droit de vote des femmes un peu plus tard : la Norvège en 1913, le Danemark en 1915 et la Suède en 1921. A la même époque, les lois du mariage étaient réformées dans tous les pays et donnaient aux femmes mariées une pleine capacité juridique.
Historique : 15-17ème siècle, prédominance de l’économie domestiqueCe phénomène a ses racines dans l’histoire de la Scandinavie. Comme le montrent les plus anciennes sources scandinaves, les sagas, les femmes ne manquaient pas de pouvoir social ou politique dans la société médiévale. Durant la période de l’Union nordique au 15ème siècle, la reine Marguerite régnait sur toute la Scandinavie. Sous l’influence du christianisme, le rôle des femmes a peu à peu diminué à mesure que s’accroissait le contrôle que la société exerçait sur elles (notamment sur leur sexualité) et qui atteignit son apogée avec l’absolutisme de l’État au 17ème siècle. Cependant, l’Empire suédois était si grand que l’État n’a pas pu normaliser toutes les régions avec la même efficacité, et à la campagne, les coutumes se sont perpétuées pendant longtemps encore (en Finlande notamment, qui fut partie intégrante de la Suède jusqu’en 1809). L’État centralisé était incapable de faire appliquer partout ses lois répressives, et le peuple continua à se référer aux valeurs traditionnelles : le rôle prédominant de la femme au sein du foyer et de l’économie domestique, le concept d’honneur dans les relations sexuelles, qui restaient différentes des règles officielles du mariage... Évidemment, la pauvreté de la population rurale était “favorable” aux femmes : leur travail et leurs responsabilités étaient d’une importance vitale pour la communauté. La modernisation de la société a été assez tardive, et les structures et le modèle de la société rurale ont continué d’imprégner les mœurs. Les valeurs et les solidarités rurales ont d’ailleurs, dans une large mesure, servi de socle à la construction de l’État (providence) national moderne. Les valeurs rurales ont perduré dans la politique moderne et sont encore identifiables à travers l’importance du travail rémunéré des femmes, une façon de penser communautaire (où la nation toute entière est considérée comme une communauté) et l’inexistence d’une forte culture bourgeoise ou civilisée (avec l’absence de construction du moi) qui caractérise la tradition intellectuelle européenne. Les divisions structurelles selon les sexes sont, en fait, peu développées. Cela signifie aussi qu’il existe une conception égalitaire, mais qui repose sur une conception unidimensionnelle des rapports de sexe, où l’égalité est considérée comme un problème uniquement lié à la sphère publique, la question des inégalités dans la vie privée et intime faisant beaucoup moins l’objet de discussions ou d’analyses.
Aller au-delà de l’égalité formelleDepuis le début du siècle, il y a toujours eu des femmes élues au parlement. En 1907, il y en avait 10%, en 1991, 39% et en 1995, 34% (la Suède détient aujourd'hui le record mondial avec ses 43% de femmes siégeant au Parlement). Dans les autres pays nordiques aussi, c’est la règle d’avoir un tiers de femmes élues au Parlement. Le scrutin proportionnel et les gouvernements de coalition (particulièrement en Finlande) sont peut-être parmi les principaux facteurs de cette évolution, mais l’investiture de candidates par les partis politiques a aussi joué un rôle : le nombre des élues a augmenté dans les mêmes proportions que celui des candidates. La première femme ministre en Finlande fut Miina Sillanpää en 1926, et l’actuel gouvernement compte 7 femmes sur les 17 ministres en fonction (les ministres des affaires étrangères, des finances, du transport, du travail, de la défense et les deux ministres des affaires sociales). Jusque dans les années 80, il existait une plus forte division des portefeuilles ministériels selon les sexes : la plupart des femmes ministres étaient chargées des affaires sociales et de la santé, de l’éducation ou des affaires culturelles. Par ailleurs, au cours des dernières décennies, on a vu des réseaux de femmes exerçant des responsabilités politiques se constituer indépendamment des étiquettes politiques.
La promotion de l’égalité des sexes par l’Etat-providenceLes Finlandaises ont toujours compté sur l’État pour promouvoir l’égalité des sexes et les intérêts des femmes, mais on peut dire que l’État-Providence finlandais est, dans une large mesure, l’œuvre des femmes politiques. Les femmes ayant été très tôt intégrées dans la vie politique, leurs intérêts et ceux de la nation ont été considérés comme parallèles. Leur intégration a donc suivi les modèles masculins, ou, du moins, on peut dire que la famille et la vie privée n’ont jamais été nettement séparées de la sphère publique. En réalité, les politiques égalitaires n’ont pas complètement réussi à changer les relations de pouvoir entre les sexes. Sur cette question, les femmes de tous les pays scandinaves partagent le même point de vue critique. Malgré une longue tradition d’égalité formelle et de démocratie paritaire, le pouvoir a toujours échappé aux femmes. Le processus démocratique n’a pas modifié ou aboli les divisions hiérarchisées fondées sur le sexe. Ce seul fait montre qu’il ne suffit pas d’obtenir la parité formelle, mais qu’il faut aussi opérer une révision des valeurs et des mentalités. Il n’est évidemment nullement question de nier l’importance de la représentation paritaire, qui est une condition et une composante essentielle de la démocratie à tous les niveaux.
L’Union européenne et monétaire compromet les avancées des femmesMais c’est surtout un débat qualitatif qui fait aujourd’hui défaut en Finlande : Comment les femmes peuvent-elles influer sur les conditions de la vie politique ? Quel serait le contenu d’une politique féministe ? Par exemple, ce sont les femmes qui ont le plus critiqué l’Union économique et monétaire et la monnaie unique à cause de leurs répercussions directes sur les intérêts des femmes et des menaces qu’elles font peser sur l’État-Providence et surtout sur les services sociaux modernes (comme la garde des enfants) qui, pour les Scandinaves, sont la condition première de l’égalité réelle. La mise en place des critères de convergence, comme on les appelle, s’accompagne de fortes réductions des dépenses publiques. En effet, la majorité des commissions et des groupes de travail chargés de l’intégration économique européenne sont composés d’hommes (notamment au sein du ministère des finances), au mépris le plus total des quotas imposés par la loi sur l’égalité entre les femmes et les hommes votée en 1987 (et révisée en 1995). C’est donc l’intégration européenne et les décisions prises par les élites corporatives qui inquiètent les femmes à présent. Mais comme la tradition politique a fait de l’économie le domaine réservé des hommes, la question de l’égalité des sexes n’est pas souvent à l’ordre du jour des débats économiques et, pratiquement, ce sont les hommes et la rhétorique masculine qui dominent dans ce domaine.
Repenser les politiques féministes en tenant compte de la diversitéPour résumer, nous poserons plus globalement le problème de la place des femmes dans la vie politique et de la conception des politiques féministes : Quel rôle joue-t-elle dans les inégalités structurelles et dans les rapports de sexe en tant que construction sociale ? De quoi parlons-nous lorsque nous parlons des femmes, de leur place et de leur influence dans la politique ? Comme je l’ai exposé, le modèle de l’égalité fondée sur la parité ne résout pas tous les problèmes : ou bien il s’agit d’un ajustement au monde masculin de la politique, ou bien, malgré des distinctions claires, il existe des pratiques sociales, culturelles et politiques qui reproduisent avec persistance des différences fondées sur des critères de sexe. Afin d’éviter toute vision essentialiste ou nihiliste, il nous faudra redéfinir les concepts de subjectivité féminine et leur traduction politique, tout comme il nous faudra redéfinir le féminin comme quelque chose qui dépasse l’ordre symbolique de la hiérarchie fondée sur le sexe qui prévaut aujourd’hui. Il me semble que la manière traditionnelle de penser l’égalité et les politiques d’égalité ne nous aide pas nécessairement à sortir de la dichotomie dans laquelle s’inscrit notre analyse des rapports de sexe et de l’égalité des sexes. Pourquoi, par exemple, les questions de la famille, de la sécurité sociale et de la santé seraient-elles le domaine réservé des femmes ? Nous devons élaborer une analyse plus fine et plus qualitative des acteurs ainsi que des contenus des politiques de la femme. J’espère que nous ne continuerons pas à mener des campagnes pour l’égalité où les femmes seront à nouveau considérées en bloc et où les voix des différentes femmes, avec leurs différences d’identité sexuelle, raciale, ethnique et de classe sociale, continueront d’être englobées dans un concept de féminité comme s’il s’agissait d’une identité mystérieuse et cohérente, voire même naturelle. L’éthique et la morale des politiques féministes doivent découler de la multiplicité : les valeurs et les rationalités que nous devons inclure dans la politique devraient être de celles qui dispersent plutôt qu’elles ne centralisent le pouvoir politique. Le plus important, c’est que les femmes soient partout parties prenantes des processus politiques, que leurs voix soient entendues, et que les questions liées à la hiérarchie des sexes soient ouvertement abordées et débattues.
Avancées politiques, sociales et éducatives 1857-1987 : dates clés
Proportion de femmes élues au Parlement finlandais de 1907 à 1995 (sur les 200 députés)
Dates clés dans l’évolution vers l’égalité des chances(Tiré de : Women and Men in the Nordic Countries. Facts and figures 1994. Nord 1994:3, The Nordic Council of Ministers, Copenhague).
(1) en 1961 pour la Chambre basse (2) Avortement légalisé en 1970 pour raisons socio-médicales (3) Projet de loi du gouvernement en février 1994 (accordant “un mois au père”) |
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