Travail et emploi des femmes en Europe

2.3. La ségrégation sexuée du marché de l’emploi

 

En dehors de la présentation des taux et des modalités de l’activité féminine, une analyse approfondie des réalités professionnelles des femmes européennes doit également tenir compte de la répartition différenciée des hommes et des femmes sur le marché de l’emploi - c’est ce que nous appelons la « ségrégation sexuée du travail ». Comme nous venons de le voir, cette ségrégation se présente sous deux formes distinctes : la ségrégation dite « horizontale » et la ségrégation dite « verticale ».

2.3.1. La ségrégation horizontale

 La ségrégation horizontale, renvoie à la concentration des femmes dans certains secteurs d’activité. Habituellement, il s’agit de tenir compte de la répartition des hommes et des femmes entre les trois grands secteurs de l’activité économique - le secteur primaire (agriculture, activités minières), le secteur secondaire (production industrielle et manufacturière) et le secteur tertiaire (services). Au fur et à mesure de l’évolution des sociétés industrielles, on constate une augmentation de la proportion de la population active qui est concentrée dans le secteur tertiaire.

  

Tableau 11 : La ségrégation de l’emploi féminin par grand secteur, EU12, 1990

(% de femmes employées dans chaque secteur d’activité)

 

Pays

 

Agriculture

 

Industrie

 

Services

 

Ensemble

 

Allemagne (*)

43.9%

25.4%

50.8%

40.4%

Belgique

26.0%

19.4%

46.4%

45.9%

Danemark

23.1%

26.8%

55.6%

45.9%

Espagne

27.1%

16.8%

42.1%

31.9%

Finlande

32.8%

27.0%

59.8%

48.7%

France

34.4%

24.8%

51.8%

42.5%

Grèce

44.5%

23.5%

36.7%

35.2%

Irlande

10.4%

21.8%

45.2%

33.1%

Italie

35.4%

24.5%

39.4%

34.2%

Luxembourg

33.3%

10.9%

45.7%

34.4%

Pays-Bas

27.3%

16.0%

47.0%

37.9%

Portugal

49.7%

31.8%

46.6%

42.1%

Royaume-Uni

22.7%

23.2%

53.9%

43.2%

E12

35.3%

23.6%

48.4%

39.2%

(*) Sans tenir compte des nouveaux Länder.

Source : (Bulletin sur les femmes et l’emploi dans la C.E., 1993, N° 2 : 3). 

  • Ce phénomène est particulièrement marqué en ce qui concerne la population active féminine (Tableau 11). En effet, au cours des années 1980 et 1990, la plupart des nouveaux emplois en Europe ont été créés dans le secteur des services, alors que l’agriculture a connu des pertes considérables et que la production manufacturière a maintenu, au mieux, une stabilité des effectifs. Cette évolution correspond donc à la période historique marquée par « l’arrivée massive des femmes sur le marché de l’emploi » dans la plupart des pays européens. Loin d’avoir éjecté les hommes des emplois qu’ils occupaient traditionnellement (comme le voudraient nous faire croire ceux qui font porter par les femmes actives la responsabilité de la montée récente du chômage), les femmes se sont engouffrées dans les nouveaux emplois créés au cours de cette période.  

Comme l’indique le Tableau 11, si la part des femmes dans le secteur varie selon le pays (passant de 55.6% au Danemark au 36.7% en Grèce), elle est toujours et partout supérieure à leur part dans la population active tous secteurs confondus. Ainsi, la restructuration sectorielle du marché de l’emploi fournit, à priori, des possibilités de changement du schéma traditionnel de la ségrégation professionnelle. Il est néanmoins intéressant de constater que cette évolution est loin d’avoir bouleversé la distribution traditionnelle. Les femmes actives ne se sont pas réparties de manière analogue à la distribution masculine sur le marché de l’emploi.  

De manière générale (tous pays confondus), dans les secteurs en expansion numérique au cours des années 1980, certaines femmes ont pu accéder à des catégories d’emploi traditionnellement masculines. Ailleurs, c’est-à-dire dans les secteurs à effectifs stables, la ségrégation entre les sexes s’est maintenue ou a même augmenté. (Bulletin sur les femmes et l’emploi dans la C.E., 1993, N° 3 : 2). De même, lorsque le nombre d’emplois dans les secteurs dits « féminins » a augmenté au cours de la période, cette augmentation a surtout bénéficié aux femmes. Ainsi, la part des femmes dans ces emplois a augmenté elle aussi et les femmes se sont retrouvées encore plus concentrées qu’auparavant dans les emplois classés comme « féminins ». Par contre, lorsque les effectifs sont restés stables ou se sont réduits dans les secteurs d’emploi traditionnellement masculins, le rapport hommes/ femmes au sein de ces secteurs n’a pratiquement pas évolué. (Bulletin sur les femmes et l’emploi dans la C.E., 1993, N° 3 : 2). Il existe néanmoins certaines spécificités nationales vis-à-vis de ce schéma général. Dans les pays où l’activité féminine a progressé très rapidement au cours des années 1980 (en partant d’un taux d’activité très bas), le taux de féminisation du secteur industriel a connu une augmentation significative - c’est la cas en Espagne, en Grèce et au Portugal - mais, même ici, ce taux reste inférieur à celui qui concerne le secteur tertiaire.

2.3.2. La ségrégation verticale

 La ségrégation verticale, renvoie à la concentration (ou à la sur-représentation) des femmes dans certains niveaux de la hiérarchie professionnelle, indépendamment du secteur d’activité concerné. Cette dimension de la ségrégation sexuée est à mettre en relation avec l’accès des femmes à l’enseignement supérieur et plus généralement aux formations qualifiantes. Bien qu’il existe des différences selon les pays quant au rôle joué par le niveau de qualification formelle dans l’obtention des postes les plus prestigieux, il n’en demeure pas moins que le « levier des qualifications » a exercé une influence déterminante sur la féminisation des professions dites « supérieures ».

 

Tableau 12 :Répartition des hommes et des femmes par catégorie professionnelle, EU11, 1990

 

Grands groupes de professions

 

Emploi des femmes / emploi des homme

(en %)

 

Concentration de l’emploi

 

   

Femmes

(en %)

Hommes

(en %)

1. Personnel des professions scientifiques, techniques, libérales et assimilées (juristes, enseignants, artistes,

infirmières, scientifiques, etc.)

 

45/55

 

19%

 

16%

  1. Directeurs et cadres administratifs supérieurs (managers, cadres supérieurs, etc.)

 

 

23/77

 

 

 

2%

 

4%

  1. Personnel administratif et travailleurs assimilés (secrétaires, caissiers, employé-es de bureau, etc.)

 

 

64/36

 

30%

 

11%

4. Personnel commercial et de vente (y compris directeurs de magasins)

 

 

 

49/51

 

12%

 

9%

5. Travailleurs des services aux entreprises et aux particuliers (policiers, coiffeurs, agents de nettoyage, etc.)

 

66/34

 

20%

 

7%

6. Agriculteurs et travailleurs agricoles

 

 

 

34/66

 

5%

 

7%

7. Ouvriers et manoeuvres non agricoles

(ouvriers de la production et du bâtiment, etc.)

 

16/84

 

12%

 

45%

8. Forces armées

 

 

 

-/100

 

-

 

1%

Emploi Total (EU 11 pays)(*)

 

 

 

41/59

 

100%

 

100%

(*) A l’exception de l’Italie

Source : (Bulletin sur les femmes et l’emploi dans la C.E. 1993, N° 3 : 2).

 

Ainsi, dans tous les pays européens, les femmes obtiennent des diplômes qui leur facilitent l’accès aux emplois placés en haut de la hiérarchie sociale et professionnelle. Comme l’indique le Tableau 12, les femmes sont proportionnellement plus représentées que leurs homologues masculins (19% des femmes actives contre 16% des hommes actifs) dans la catégorie des « professions scientifiques, techniques et libérales », bien que cette catégorie ne soit féminisée qu’à hauteur de 45%.

Il est à noter que c’est dans les pays les plus riches de l’Union européenne que la part des emplois dans cette catégorie est la plus importante, ce qui va influencer aussi la proportion de femmes actives qui y ont accès. Néanmoins, il n’existe aucune relation statistique directe entre les taux d’activité féminine et l’accès des femmes aux professions supérieures. Autrement dit, ce n’est pas forcément dans les pays où les femmes sont les plus nombreuses à exercer une activité professionnelle, ni d’ailleurs dans les pays où leurs trajectoires professionnelles sont caractérisées une grande continuité, que l’on trouve les taux d’accès les plus élevés des femmes aux professions supérieures. Rappelons d’ailleurs que cette position relativement privilégiée sur le marché de l’emploi ne concerne que 19% des femmes actives dans l’Union européenne. Elle est à mettre en relation avec une autre caractéristique fondamentale de l’activité féminine, à savoir la très forte concentration des femmes dans les emplois dits « de soins » (caring professions), notamment dans le secteur public. Ainsi, même quand les femmes accèdent, grâce aux diplômes, aux catégories supérieures, elles n’y exercent pas forcément les mêmes professions que les hommes et elles n’y connaissent pas les mêmes conditions de travail que ces derniers.  

L’enseignement est un excellent exemple de cette répartition différenciée des hommes et des femmes au sein d’une même catégorie socioprofessionnelle. Tout d’abord, la proportion d’enseignantes parmi les femmes classées dans la catégorie I varie énormément d’un pays à un autre. Ainsi, 60% des femmes classées dans cette catégorie au Portugal sont des enseignantes (et c’est au Portugal que l’on retrouve le plus fort taux de féminisation de l’enseignement), contre moins de 20% des femmes classées dans cette catégorie au Danemark. Néanmoins, dans l’ensemble des pays européens, l’enseignement constitue l’une des catégories d’emploi les plus importantes pour les femmes diplômées. En 1990, cette activité représentait entre 5% et 12% de l’emploi des femmes dans les différents pays membres. A l’exception des Pays-Bas, la majorité des enseignants européens sont donc des femmes. Il n’en demeure pas moins que les hommes prédominent très nettement dans l’enseignement universitaire (au statut plus élevé), alors que les femmes sont surtout concentrées dans l’enseignement primaire et, dans une moindre mesure, secondaire. On retrouve ici l’idée d’une mobilisation et d’un transfert des « capacités naturelles » des femmes en matière d’éducation des enfants en bas âge sur le marché de l’emploi. Cette idée est d’autant plus pertinente que les niveaux de rémunération dans l’enseignement exercent une influence déterminante sur la proportion d’hommes dans l’enseignement, alors que les femmes semblent être moins rebutées par les bas salaires. Dans certains pays, la baisse des taux de rémunération relatifs de l’enseignement coïncide avec une féminisation croissante de ces emplois. Il semblerait donc que les niveaux de salaires inférieurs découragent les hommes diplômés de choisir cette profession. Pourtant, l’attrait de cette profession pour les femmes ne peut s’expliquer uniquement par sa « compatibilité » supposée avec les responsabilités familiales et domestiques. Non seulement le temps de travail des enseignants varie énormément d’un pays à l’autre, il est fréquent que les hommes prédominent parmi les enseignants quand le temps de travail dans ce secteur est très réduit. Ainsi, aux Pays-Bas, les enseignants travaillent surtout à temps partiel, mais cette catégorie est composée à plus de 60% par des hommes. (Bulletin sur les femmes et l’emploi dans la C.E. 1993, N° 3 : 3).

Si l’accès croissant des femmes aux professions supérieures qui étaient autrefois considérées comme des « bastions masculins » constitue un phénomène récurrent dans l’ensemble des sociétés européennes, il convient de placer celui-ci dans le contexte de l’expansion récente des emplois qualifiés dans le secteur public. En effet, la « percée » des femmes dans le haut de la hiérarchie socioprofessionnelle est directement liée à l’importance des emplois qui rentrent dans la catégorie des services sociaux, de santé et d’éducation et qui sont très majoritairement des emplois du secteur public et parapublic. La concentration des femmes de la catégorie « cadres et professions intellectuelles supérieures » dans le secteur public relève de plusieurs logiques parfois contradictoires.

D’une part, en raison des concours d’accès à la fonction publique qui existent dans la plupart des pays européens, l’accès aux postes de l’encadrement dans le secteur public dépend de critères relativement objectifs (diplômes, réussite aux examens), qui laisse peu (ou moins) de place à la discrimination directe en raison de leur sexe que les femmes peuvent rencontrer auprès d’employeurs potentiels dans le secteur privé. De plus, dans quelques pays de l’Union européenne, la mise en œuvre des politiques publiques en faveur de l’égalité des chances a surtout été assurée par l’Etat-employeur. Deuxièmement, l’organisation et les conditions de travail dans le secteur public offrent un certain nombre d’avantages aux femmes qui souhaitent mener de front une carrière professionnelle et la prise en charge des responsabilités domestiques et familiales - aménagement du temps de travail, droits aux congés plus accessibles que dans certains emplois du secteur privé. Troisièmement, des enquêtes d’opinion révèlent la sensibilité des femmes à l’idée du « service public », de « l’être utile à la société » et de « l’aide aux plus démunis » dans l’exercice de leur activité professionnelle. De telles représentations de l’emploi idéal trouvent plus facilement leur expression dans le secteur public que dans le secteur privé. Pourtant, il est nécessaire de rappeler que les emplois du secteur public partagent aussi des caractéristiques un peu moins valorisantes. Si la concurrence directe vis-à-vis des hommes pour l’accès aux postes et pour la promotion est moins vive dans ce secteur, c’est également parce que les emplois du secteur public sont moins bien rémunérés que des emplois comparables du secteur privé et que les hommes ont plutôt tendance à délaisser les premiers au bénéfice des deuxièmes. Au Royaume-Uni et en Allemagne, par exemple, l’accès accru des femmes aux postes d’encadrement du secteur public est allé de pair avec une baisse des niveaux de salaire relative aux rémunérations dans le secteur privé. De même, en France et en Italie, les femmes cadres du secteur public sont généralement plus qualifiées que leurs homologues masculins. De même, des données pour l’Allemagne, l’Espagne et la France montrent que dans le cas de quelques professions supérieures fortement masculinisées (chercheurs scientifiques, ingénieurs, etc.) la part des femmes est nettement plus élevée dans le secteur public que dans le secteur privé. Il semblerait donc que les femmes ne peuvent ou ne veulent pas faire concurrence aux hommes selon les termes et conditions en vigueur dans le secteur privé. (Bulletin sur les femmes et l’emploi dans la C.E. 1993, N° 3 : 4). Cette concentration des femmes hautement qualifiées dans le secteur public s’avère donc être à double tranchant. Si elles y trouvent des facilités relatives d’embauche et d’avancement, c’est au prix d’une traduction moindre de leurs capacités professionnelles et intellectuelles sous forme de rétributions monétaires.

L’analyse de la situation de la petite minorité de femmes cadres et professions supérieures ne devrait pas occulter la réalité professionnelle de la grande majorité des femmes actives au sein de l’Union européenne, à savoir celles qui occupent des emplois situés plutôt en bas de la hiérarchie socioprofessionnelle. Comme l’indique le Tableau 12, plus de 60% des femmes actives en Europe (contre moins de 30% des hommes) exercent des emplois qui rentrent dans les trois catégories suivantes : personnel administratif, commerce, services directs. Dans tous les pays, à l’exception de l’Espagne et du Luxembourg, les femmes occupent plus de la moitié des emplois administratifs de bas niveau (secrétaires, employées de bureau, etc.). Au Danemark, en France et au Royaume-Uni, le taux de féminisation de ces emplois dépasse même le seuil des 70%. Par contre, elles sont peu nombreuses dans les emplois manuels d’ouvrier ou de manutention (12% seulement de la population active féminine, contre 45% des actifs masculins).

Une analyse détaillée des emplois occupés par les femmes dans la catégorie des services directs permet de comprendre la complexité des mécanismes de reproduction de la ségrégation sexuée de l’emploi. Cette répartition ne relève pas d’un simple transfert sur le marché de l’emploi des capacités domestiques inculquées aux femmes. L’exemple des emplois de cuisinier et de serveur est intéressant à cet égard. Alors que peu d’hommes s’investissent dans la préparation et la présentation des repas à l’intérieur de l’espace domestique (voir le Tableau 14), ils représentent plus de 40% des cuisiniers, serveurs et personnels assimilés sur le marché de l’emploi européen. Ici, les traditions culturelles jouent un rôle important dans la répartition des hommes et des femmes entre les différents activités et statuts d’emploi. Ainsi, un des taux les plus faibles de féminisation des emplois de cuisinier se trouve en France, où l’importance culturelle accordée à la cuisine et le maintien des techniques artisanales en matière de restauration ont permis aux hommes de conserver leur monopole sur les activités « nobles » de ce secteur (alors que la cuisine collective - cantines scolaires et d’entreprise - y est largement dévolue aux femmes). Un autre exemple de l’importance des représentations collectives des normes sexuées dans la construction sociale des « emplois féminins » et des « emplois masculins » peut être le cas des serveurs de bar. En Irlande et au Royaume-Uni, la proportion de femmes dans les emplois de serveur et de cuisinier est comparable, mais celles-ci ne représentent que 20% du personnel des débits de boisson en Irlande, contre 70% au Royaume-Uni.

Cette brève comparaison des formes de la ségrégation sexuée de l’emploi permet de constater l’importance des convergences dans ce domaine :  

« Les emplois féminins se caractérisent par des rôles de soignants, d’éducation et de soutien tandis que les hommes ont le monopole des tâches « lourdes » manuelles, techniques et d’encadrement. Dans l’ensemble, les femmes ont accru leur part dans les emplois qui ont connu une expansion au cours des années 1980, surtout dans les catégories cadres et professions intellectuelles supérieures et les emplois administratifs. Les femmes suffisamment qualifiées ont accédé aux profession supérieures et réduit la majorité masculine dans ces emplois. Il s’agit là d’une tendance positive à la déségrégation, manifeste dans tous les pays membres et indépendante des variations nationales des taux de participation féminine. Dans un même temps, la ségrégation au sein des catégories d’emploi supérieures est évidente, les femmes s’étant surtout tournées vers les professions de soins et le secteur public [...] En revanche, le rapport hommes/femmes n’a pratiquement pas changé dans les professions où les possibilités d’emploi sont restées stables ou ont baissé». (Bulletin sur les femmes et l’emploi dans la C.E. 1993, N° 3 : 6).

Il n’en demeure pas moins que, dans ce tableau d’ensemble, des disparités nationales persistent et de nouvelles tendances propres à chaque société commencent à émerger. En guise de conclusion cette partie du chapitre, il convient de souligner les effets néfastes de la ségrégation sexuée du marché de l’emploi du point de vue des conditions de travail des femmes. La tendance à une forte concentration de la main-d’œuvre féminine dans certains secteurs d’activité et dans certains niveau de la hiérarchie explique, en partie du moins, l’importance des écarts de salaire entre les hommes et les femmes que nous avons analysé dans la Partie précédente de ce chapitre. De plus, elle complique considérablement la mise en œuvre efficace des dispositifs en faveur de l’égalité des rémunérations entre les hommes et les femmes, que ce soit au niveau national ou européen.  

Toutefois, la direction de la causalité du lien constaté entre un fort taux de féminisation et un faible niveau de rémunération est difficile à saisir avec précision. Est-ce l’arrivée plus ou moins massive des femmes dans un secteur d’activité ou dans une profession spécifique qui exerce une pression à la baisse sur les grilles de rémunération en exercice dans ce secteur / profession (pression qui serait justifiée par la référence plus ou moins explicite au modèle de « l’homme pourvoyeur principal des ressources ») ou, au contraire, est-ce le fait que les hommes aient de plus grandes facilités à éviter les secteurs ou les professions à bas salaires qui donne lieu à une concentration des femmes dans ces professions ? Le débat reste largement ouvert et des recherches systématiques font toujours largement défaut dans ce domaine.  

Toujours est-il, l’expérience des femmes sur le marché de l’emploi ne peur être saisie de manière convenable sans référence à un autre de type de division sexuelle du travail - celle qui caractérise la sphère dite « privée » de la famille.