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Maarit Niiniluioto au printemps d'Anvers

La mélancolie dans la musique populaire de Finlande

 

La Finlande est un petit pays, et on a dit que les Finlandais sont un honneur pour leur pays aux périodes difficiles, aux grandes crises, aux temps des guerres et de reconstruction. A ces époques-là la mélancolie insondable de la musique populaire est compréhensible et acceptée. Mais il est plus difficile pour l’élite de la société de comprendre cette musique langoureuse, ce fleuve profond et sombre tant aimé par le peuple aux périodes d’essor et de bonheur.

La mélancolie existe pourtant partout où vivent les Finlandais. C’est une source merveilleuse de forces dans les chagrins et bonheurs personnels et elle sert aussi d’un lien d’une forte expérience sentimentale entre les générations.

Le paradoxe de la culture du Nord c’est que pour une personne finlandaise il est difficile d’exprimer soi-même les sentiments personnels de langueur qu’on éprouve. Depuis les temps avant notre ère on a pourtant su dans ce pays de Kalevala et Kanteletar que le chant est fait des chagrins. Alors on a eu besoin des artistes, de ceux qui chantent et jouent pour révéler les sentiments des autres.

Jadis, dans les sociétés rurales c’étaient les chanteurs de poèmes épiques et les pleureuses qui étaient des artistes populaires de l’époque ; ils sont tous des interprètes de sentiments collectifs de la société. Depuis les années 1920 et 1930 ce sont les chanteurs de chansons et de tangos qui ont révélé les sentiments les plus sensibles de l’audience finlandaise aux pistes de danse, sur les disques et à la radio. Les pleureuses pouvaient de leur part exprimer le chagrin des gens de villages ruraux dans leurs plaintes qui duraient des heures aussi bien aux mariages qu’aux enterrements.

Les paroles des chansons folkloriques des finlandais du 19ème siècle parlaient aussi de l’amour malheureux de l’Homme, de la langueur insondable et de la solitude cosmique. Les chercheurs académiques faisaient leur mieux pour conserver ces vieilles mélodies mais préféraient d’y changer des paroles plus pudiques.

Sous le pouvoir du tsar de la Russie (1809-1917) la musique nostalgique des gitans et les romances russes s’étendaient aussi en Finlande avec les orchestres russes. C’est à dire qu’ils faisaient partie de la tradition musicale de la Finlande déjà avant le temps de l’industrie de disques du début du 20ième siècle.

La musique populaire moderne finlandaise est née aux années 1920, après l’indépendance de la Finlande, lors d’entrée en scène de jazz et de tango et des nouvelles coutumes comme la danse en couple et l’émancipation des femmes. Les chansons folkloriques et les romances slaves ont été interprété sur disques d’abord en valses et en fox-trots. La profonde mélancolie indigène du peuple finlandais a été facilement transformée en ressources nationales de la musique populaire.

La deuxième guerre mondiale et l’interdiction de danse des années 1939-1948 ont porté toute l’attention aux paroles des chansons populaires. Tango prenait une forme époustouflante de musique à écouter. Les paroles ambiquës échappaient à la censure en faisant allusion aux symboles exquis de la nature lorsqu’on parlait du chagrin, du désespoir, de la mort et de la langueur.

La chanson populaire devenait un moyen de thérapie national ; à travers les chansons on émettait des messages entre le front et la maison. Le tango finlandais – avec son air romantique et poétique – est né ces années-ci des éléments de chant folkloriques, des pleurs, de la langueur slave, de la sensualité d’Amérique Latine et des marches germaines.

Les métaphores des fleurs de lys blanches comme la neige, des baies de sorbier rouges comme le sang et des larmes froides de la pluie étaient des symboles qui fleurissaient encore aux années 1950 et 1960. Depuis la deuxième guerre mondiale l’état d’âme de la musique populaire finlandaise se base aux traditions de la période de la guerre.

Que ce genre ait été déclaré mort et qu’il a été méprisé par les milieux officiels de la culture n’a pas pu changer le fleuve principal de la mélancolie ? Encore, au deuxième millénaire, de génération à génération résonne dans les âmes des Finlandais cette langueur national. Et plus triste est le tango, plus le Finlandais prend plaisir.

Maarit Niiniluoto est un écrivain et journaliste free-lance, spécialisée dans l’histoire de la musique populaire finlandaise.