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Maarit Niiniluoto, M.A. Numminen et le tango finlandais.

La vie n'est pas toujours que fête, elle est parfois aussi la magie du tango

Soila Kaivanto-Juhola

 

Le tango argentin fougueux et le peuple finlandais du Nord, comment peuvent-ils s'assembler ? Si, ils s'assemblent, car les Finlandais ont « finlandisé » le tango il y a déjà 60 ans de cela. Et le tango reste le type de danse le plus prisé des Finlandais ordinaires.

C'est de cette manière hardie que l'artiste aux facettes multiples M. A. Numminen a décrit le tango finlandais, cette musique curieuse contenant des éléments de romance russe tout comme de marche allemande, à une salle archicomble dans les locaux de l'Institut finlandais du Benelux à Anvers, un samedi soir de mars.

L'essence du tango avait tout d'abord fait l'objet de réflexions lors d'un séminaire multiculturel intitulé « un plaisir mélancolique » à l'Université Libre de Bruxelles. La façon dont les sentiments aigres-doux provoqués par la séparation et le désir se manifestent dans la musique, la littérature et notre comportement social constituait le thème du séminaire. Pirjo Kukkonen, professeur à l'Université de Helsinki, Maarit Niiniluoto, écrivain, M. A. Numminen, compositeur et musicien et Pedro Hietanen, musicien, étaient les intervenants en provenance de Finlande.

Ce séminaire de trois jours s'est achevé en apothéose par une soirée tango finlandaise. Il y avait au programme des tangos finlandais des plus émouvants ainsi que du jazz néopopulaire, et des artistes réputés et n'ayant pas roulé leur bosse qu'en Finlande : M. A. Numminen, Pedro Hietanen et l'orchestre de tango de Jani Uhlenius, avec la princesse du tango Sanna Pietiäinen comme soliste. Le tout s'est terminé par une heure de danse, comme dans toute bonne soirée qui se respecte.

« Le tango est ma passion »

Le concert était présenté par Maarit Niiniluoto qui, dans sa robe de soirée rouge flamboyant a enchanté le public avec son français éblouissant. M. A. Numminen assurait la présentation en anglais, faisant plutôt bien la paire avec son air un peu gauche. Au grand plaisir du public, le couple s'est enhardi au beau milieu de sa présentation à se lancer dans un tango tout à fait impressionnant.

Sanna Pietiäinen était une soliste enchanteresse, qui interprétait des tangos indémodables en plusieurs langues avec une prononciation parfaite. L'orchestre, d'excellente facture, était composé de Pedro Hietanen à l'accordéon, de Jari Lappalainen au violon, du chef d'orchestre Jani Uhlenius au piano et de Hannu Rantanen à la basse. Chacun d'entre eux représentait l'élite de son instrument.

Une partie du public avait assisté au concert qui s'était déroulé la veille à Bruxelles et avait souhaité se rendre à la soirée de tango à Anvers le lendemain, ce qui constitue un signe qui ne trompe pas de l'engouement européen pour le tango. La salle des fêtes de l'Institut finlandais du Benelux était donc pleine à craquer.

Le public participait au concert : les pieds battaient la mesure, les doigts tambourinaient sur le dossier des chaises et les faciès passèrent du ravissement à l'amusement incertain lorsque la princesse du tango Sanna Pietiäinen laissa la place après l'entracte à M. A. Numminen, dont on a essayé de décrire la voix de maintes manières. Les Allemands la qualifient de « Kiek-Stimme », les Suédois l'ont comparée à une corne de brume. Quoi qu'il en soit, le morceau Eduskuntatalon puistossa naiseni kanssa (Dans le parc du Parlement avec ma dame) a été accueilli par un tonnerre d'applaudissements.

Et ensuite en piste pour danser. Nous autres Finlandais avions comme devoir agréable d'apprendre le tango à ceux qui ne le maîtrisaient pas encore tout à fait. J'ai circulé parmi le public belge en demandant ce qu'il attendait du moment de l'« heure de danse ». « Par rapport au tango argentin, le tango finlandais s'apparente à une marche », affirmait un gentleman de façon catégorique. Le mélancolique tango finlandais des pistes de danse similaire à une marche ? Hum, nous ne sommes peut-être pas nés argentins, mais l'auteur de cet article a quoi qu'il en soit exploité les talents accumulés tout au long de sa vie, a saisi un jeune prodige de l'informatique finlandais qui se trouvait à proximité et a réussi à lui faire danser le tango plutôt bien en un quart d'heure. Si ça ressemble à une marche, il convient peut-être de s'entraîner encore un petit peu …

Johanna Lindstedt - l'énérgique directrice de l'Institut finlandais Benelux

Johanna Lindstedt – l'énergique directrice qui préside aux destinées de l'Institut finlandais Benelux depuis cinq ans déborde d'enthousiasme : « vendre la culture finlandaise dans un pays où 58 % de la population parle le néerlandais (flamand), 32 % le français et 10 % l'allemand représente un défi ambitieux. Nous souhaitons réellement susciter un dialogue interculturel, par exemple, au niveau le plus élémentaire introduire la musique finlandaise en la faisant vivre dans le répertoire des musiciens belges, ou vice-versa. Dans la mise au point de nouveaux projets, il nous faut toujours nous demander quelles sont les choses que nous faisons et que les autres ne font pas déjà. Il n'est pas non plus possible d'offrir tout à tout le monde, mais il faut sélectionner les groupes cibles appropriés », explique J. Lindstedt.

“Ces derniers sont souvent composés de professionnels, mais nous organisons bien sûr constamment des programmes destinés au grand public. Un des thèmes est précisément le tango, auquel se rattachent de nombreuses cultures et autour duquel la recherche et l'art font cause commune.”

Le projet du tango finlandais « Le tango est ma passion », organisé à Bruxelles et à Anvers par l'Institut finlandais du Benelux en coopération avec l'Université Libre de Bruxelles et l'ambassade de Finlande en Belgique, a été un succès. « La visite en Finlande d'un journaliste du magazine belge Knack a d'ailleurs été préparée avec enthousiasme lors d'un déjeuner de presse organisé par l'ambassade.”

“La coopération avec toutes les ambassades s'est très bien déroulée et a été agréable. C'est que nous agissons dans trois pays, et qu'il s'agit donc de quelque chose de primordial pour nous.”

La zone d'action de l'Institut comporte tous les pays du Benelux, la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas. « Notre action est aisée ici, car un réseau s'est formé aussi bien avec les organismes artistiques locaux qu'avec les instituts culturels des autres pays », fait observer Johanna Lindstedt. « Il se forme beaucoup plus de relations lorsque l'on agit ensemble, souvent de façon transnationale. »

Les instituts culturels opérant en Belgique ont fondé une association baptisée Concociatio Institurorum Culturalium Europaeorum Inter Belgas (CICEB), qui garantit une coopération directe et spontanée. Un thème commun est souvent élu pour le projet, dans le cadre duquel on réalise les présentations ensemble. Le séminaire sur la culture du thé et du café de l'automne dernier a constitué une expérience positive, dans laquelle les cultures des différents pays ont été comparées les unes aux autres lors d'un séminaire et d'une exposition sur le design.

Le programme de l'automne renforcera la coopération avec les Pays-Bas

« A l'automne, nous participerons à divers projets de l'année des langues de l'Union européenne », explique J. Lindstedt. « Nous mettrons en place avec les Estoniens des soirées "Fenno-ugri", au cours desquelles nous présenterons l'origine des langues et cultures finno-ougriennes. Par la même occasion, notre origine génétique, au sujet de laquelle de nombreuses théories circulent, sera aussi à l'ordre du jour. Il est aussi prévu, en coopération avec les représentations auprès de l'UE, d'informer les gens de la Commission sur le thème susmentionné. Le joli musée des instruments de musique de Bruxelles comporte une kantele (cithare finnoise) dans ses collections, autour de laquelle sera organisé un concert en coopération avec le département de musique folklorique de l'Académie Sibelius. Il y aura en outre la fabrication d'une kantele à cinq cordes en coopération avec le département de vulgarisation de l'établissement ainsi qu'une présentation du département de musique folklorique de l'Académie Sibelius aux conservatoires locaux ; et les mêmes musiciens folkloriques iront probablement au Parlement européen afin de rappeler l'existence des langues et cultures finno-ougriennes », poursuit Johanna Lindstedt.

Elle se réjouit également de l'intensification de la coopération en direction des Pays-Bas : « Lors de l'année des langues, nous participerons avec les instituts culturels nationaux au séminaire sur le rap à Amsterdam et à des concerts au centre culturel de Melkweg. A Bruxelles se déroulera un festival de cinéma dans lequel les metteurs en scène ont pris position dans leurs films quant aux cultures étrangères sur le sol de leur propre pays. Il s'agit d'une action de coopération du CICEB. En septembre, un concert marathon sera organisé à Bruxelles avec le Festival de Flandre. Des compositeurs contemporains belges y prendront part en l'honneur de la présidence belge de l'UE. Le quartette Tempera jouera notamment des œuvres de Piet Swaerts et du célèbre compositeur finlandais Erik Bergman, qui fêtera son 90e anniversaire à l'automne. »

On trouvera aussi à Bruxelles une série de concerts de jeunes talents scandinaves, et le tango sera de nouveau à l'ordre du jour à l'automne à la demande du magazine Knack, cette fois-ci à Gand, ainsi qu'à l'ambassade de Finlande à La Haye et aussi, avec d'autres partenaires finlandais, à Rotterdam, capitale culturelle européenne. « On peut dire qu'il y a de la demande pour le tango ! » se réjouit Johanna Lindstedt. Les expositions de l'automne présenteront des dessins d'architectes aux mesures portant sur nos villages de l'archipel, des arts décoratifs, des traditions finno-ougriennes et, à Noël, des illustrations de Rudolf Koivu.

Peu nombreux, mais efficace

Le personnel de l'Institut finlandais du Benelux est peu nombreux, mais efficace. « Ici, nous pratiquons le travail d'équipe », indique Johanna Lindstedt. Chacun a son propre domaine de responsabilité, qui fait ensuite l'objet d'une communication permanente. Les jeunes stagiaires talentueux se voient attribuer des tâches exigeantes, mais ils se développent et ont une incroyable faculté d'adaptation. Les employés ont de bonnes aptitudes linguistiques, mais, en ce qui concerne les lettres en français de la plus grande importance, c'est Françoise de Saligny, chargée des questions culturelles à l'ambassade, qui apporte souvent la touche finale. « Elle est absolument irremplaçable pour nous », précise Johanna Lindstedt sans tarir d'éloges.