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La langue française pour moi

Iris Schwanck

 

Il serait possible d’aborder ce sujet du point de vue des études, du choix de sa profession et de sa carrière, ou de parler de ses passe-temps, de la culture, de l’ouverture de sa vision du monde, bref, voici une question essaimant dans de nombreuses directions. Je vais cependant l’examiner uniquement au travers des expériences de mon enfance et de ma jeunesse, par le biais de la recherche de mon identité.

Mon père est originaire de la Carélie du Lado- ga et ma mère de la Suisse francophone, près de Lausanne, sur les rives du lac Léman. Je suis née à Genève et j’y ai passé ma prime enfance en ne parlant que le français. Nous nous sommes installés en Finlande deux ans avant que je n’entre à l’école et j’ai compris dès ce déménagement que j’avais et aurai toujours deux foyers et deux identités linguistiques. Même si j’avais appris à parler le finnois en quelques mois, j’étais profondément consciente de cette deuxième identité qui me distinguait des autres, souvent de façon pénible, y compris lorsqu’il s’agissait d’amis et de camarades de classe. Il n’y avait à cette époque pratiquement pas d’étrangers ou d’immigrés en Finlande, et l’on avait assurément l’occasion de le ressentir de façon cuisante. Un sentiment d’exclusion s’était installé pour de bon, dans les deux foyers.

Il était naturel pour moi de m’engager dans l’étude de la langue et de la littérature françaises, de rechercher un cadre référentiel théorique, un fond, un contenu à cette deuxième identité. Ma thèse avait trait au dialogue du narrateur d’un roman et de son lecteur entre deux cultures, et j’ai œuvré tout au long de ma carrière professionnelle dans des fonctions internationales à faciliter le dialogue et l’interaction.

Ce qui était douloureux étant enfant et jeune, séparait et éloignait des autres et rendait difficile les prises de contacts s’est transformé par la suite en une force indéniable. Les aptitudes interculturelles et internationales sont devenues une composante essentielle des compétences professionnelles ; un Finlandais connaissant le français est à même d’agir de maintes façons dans les échanges internationaux, par exemple entre l’Europe du Nord et du Sud, de communiquer d’une manière tout aussi souveraine dans les cercles culturels des deux zones ainsi qu’entre ces derniers, voire, dans le meilleur des cas, faire office d’intermédiaire.